Expliquer, est-ce justifier ?

Suite aux attentats terroristes dans lesquels étaient impliqués un certain nombre de jeunes Français partis rejoindre les forces de l’État islamique, une polémique s’est développée afin de savoir s’il fallait ou non chercher à expliquer les raisons d’un tel phénomène. En effet, à ceux qui s’interrogeaient sur les raisons qui peuvent conduire certains jeunes à accomplir des actes aussi terrifiants et inhumains, certains responsables politiques ont répondu que chercher à expliquer, c’était déjà justifier. Mais, y a-t-il vraiment lieu de polémiquer sur une telle question ? Cette assimilation entre expliquer et justifier ne repose-t-elle pas sur une confusion des ordres comparable à celle que dénonce Pascal, lorsqu’il qualifie de ridicules ceux qui confondent les ordres du corps, celui de l’esprit ou de la raison et celui du cœur ou de la charité :

De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée. Cela est impossible et d’un autre ordre. De tous les corps et esprits on n’en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible, et d’un autre ordre surnaturel. (Pascal, Pensées 308)

Le principe de cette confusion des ordres est d’ailleurs repris par André Comte-Sponville – sans référence au surnaturel, il convient de le préciser – dans son livre Le capitalisme est-il moral ? lorsqu’il distingue l’ordre technoscientifique, l’ordre juridico-politique et l’ordre moral, puis l’ordre éthique. En ces domaines, le ridicule qui procède de la confusion des ordres peut conduire à la barbarie, comme cela peut être le cas lorsque l’on réduit les phénomènes sociaux à leur dimension économique en oubliant les ordres du droit, de la morale et de l’éthique.

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