Peut-on manager la connerie ?

Poser ainsi, cette question peut apparaître comme le cas typique d’une question à la con. Question à laquelle on a spontanément envie de répondre : « si c’était possible, ça se saurait ». Or, précisément, ça ne se sait pas. C’est donc qu’il y a un problème.

Aussi, comme la philosophie peut se caractériser comme l’art de poser les problèmes, c’est ce problème que nous allons tenter ensemble de poser et, peut-être, à défaut de le résoudre, auquel nous allons tenter d’apporter des éléments de solution.

Pourquoi est-il, en effet, si difficile de supporter la connerie, et surtout d’y remédier, dans la vie en général et, plus particulièrement, dans le monde du travail ?

On pourrait, pour répondre à cette question, commencer par essayer de définir la connerie. Seulement voilà, c’est là que ça commence à coincer. On a l’impression que la connerie est indéfinissable, qu’entre deux cons, il n’y a rien de commun, sinon qu’ils sont cons. Par exemple, dans le film « le dîner de cons », on a affaire à une bande de sales cons qui régulièrement se paient la tête de quelques pauvres cons, mais entre les uns et les autres difficiles de trouver des caractères communs, sinon qu’ils sont cons.

C’est probablement là la première difficulté à laquelle on est confronté face à la connerie, son caractère indéfinissable et donc apparemment insaisissable.

Cependant, même si on ne parvient pas à définir la connerie, on sait ce que c’est, on en voit tous les jours les manifestations. Aussi, est-ce peut-être mal appréhender le problème de la connerie que de vouloir à tout prix la définir pour tenter d’y remédier. On ne viendra peut-être pas à bout de la connerie sous toutes ses formes – et Dieu qu’elle peut prendre d’insoupçonnables aspects – mais ce qui compte, c’est de pouvoir régler les problèmes qu’elle pose au quotidien sous ses formes les plus fréquentes. Et pour cela, rien ne vaut l’expérience.

Quelles sont donc les formes de connerie que l’on rencontre le plus fréquemment dans le monde du travail ? Une fois identifiées des formes de conneries particulièrement toxiques dans cet environnement, on sera probablement mieux à même d’envisager comment y répliquer efficacement. Et pour cela, il nous faudra essayer d’en identifier les causes. Toute la question est finalement de savoir ce qui rend con et comment faire pour se préserver de tous les facteurs de connerie auxquels nous sommes régulièrement exposés. Bref, pour bien lutter contre la connerie, il faut peut-être essayer de la comprendre. Ici, on pourrait appliquer ce principe emprunté à Spinoza et qui nous recommande « de ne pas rire des actions des hommes, de ne pas les déplorer, encore moins de les maudire, mais seulement les comprendre ». Rassurez-vous ! Il est toujours possible de rire de certaines de nos conneries ou même de celle des autres, mais ce que veut nous faire comprendre ici Spinoza, c’est que ce n’est pas en stigmatisant les hommes en raison de leurs défauts que l’on parvient à les en libérer. C’est d’ailleurs pour cette raison que je traiterai plus ici de la connerie que des cons, car la connerie est un phénomène qui ne concerne pas une catégorie bien particulière d’individus. Il n’y a pas de cons de nature. J’aurais plutôt tendance à penser que l’on ne naît pas con, mais qu’on le devient en raison d’un certain nombre de causes extérieures qui nous affectent et qui nous font réagir d’une manière pour le moins peu appropriée aux circonstances. Par conséquent, s’il y a des causes extérieures qui peuvent nous rendre plus ou moins cons, il est possible de rechercher les causes susceptibles d’inverser le processus.

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